L'Acte XVII du parking au stade

Chaque nouvelle semaine amène son lot de nouveautés, ce samedi j'avais une fois de plus rendez  vous avec des amis, nous nous sommes mis en tête de faire visiter Strasbourg a un ami. Malheureusement mes contacts avaient loupé le point de rencontre au moment crucial. C'est donc seul que j'ai rejoint le cortège qui passait dans le coin, la troupe était relativement compacte pour ne pas dire plus. Nous prîmes la direction de Cronenbourg, j'avais une vague information d'une action sur la grande surface du secteur. Nous empruntions la piste cyclable, les voies des gilets jaunes sont multiples. Il est à noter que l'on a essuyé quelques remarques de macronistes obtus qui passaient très vite à bicyclette. Je ne comptes pas bien entendu les klaxons de soutien qui essaiment les parcours chaotiques des déambulations du samedi. Nous arrivions sur Hautepierre et là nous restâmes devant le parking de l'hôpital en décrétant le parking gratuit, ce dernier appartiendrait à la société Vinci, cette fameuse entreprise qui s'emploie à défigurer le paysage des alentours de Strasbourg. Un ami me disait que le parking était un des plus onéreux de la communauté urbaine de Strasbourg. L'intention était louable en soi, mais c'était un scénario inébranlable qui voulait que chaque point de blocage implique une intervention des forces de l'ordre, c'est à dire le risque de tirs de gaz lacrymogènes et autres projectiles à côté d'un endroit qui en temps de guerre devrait être épargné. On pourra se rassurer comme on voudra, mais les scènes d'intervention de la police durant le mouvement n'ont rien de pacifique. J'éprouvais une certaine gêne par rapport à la proximité d'un centre de soins, j'en ai fait part à un autre gilet jaune, ce dernier me disait en substance que des commentaires d'insatisfaits ou de mécontents il en a entendu un certain nombre et si que je n'avais pas m'impliquer davantage. Certes je n'ai pas envie de m'impliquer dans les réunions des gilets jaunes de la place de la République de Strasbourg car il m'a semblé qu'il était inutile de polémiquer sur des sujets secondaires pour le moment, puisqu'il s'agissait pour moi d'apporter ma modeste contribution en tant gilet jaune marchant pour faire nombre, rien de très transcendant je le concède. Nous étions en station sur le parvis de l'hôpital en face de la cité, la brigade d'action rapide barrait l'accès à l'entrée principale comme si nous avions l'intention de pénétrer dans l'hôpital, je reconnaissais un fonctionnaire de la BAC avec le lanceur de balle de défense qui quelques semaines plus tôt était en civil avec des jeunes gens dont les gilets jaunes dépassaient de la poche,  en bas d'une  légère pente se dressait le rempart bleu des camionnettes de la compagnie républicaine. Nous n'avions qu'à descendre mais pour aller où, l'option était de traverser la cité, mais là des jeunes de la cité nous ont fait part de leur opposition à notre présence : " pas de gilets jaunes chez nous ", " on est chez nous". Bref à titre personnel j'allais pas faire de prosélytisme et je rejoignait un gars qui avait pris de l'avance, j'enlevais mon gilet jaune par fatigue sous l’œil goguenard des CRS qui semblaient plaisanter sur le fait que la bande de gilets jaunes était en pleine discussion avec quelques jeunes de la cité. Certains gilets jaunes m'assurait que c'était des dealers, ayant habité dans le quartier je mettrai plutôt cette défiance envers les gilets jaunes comme un sentiment d'agression territorial, le sentiment d’identité et d'appartenance au lieu était accru par la structure alvéolaire de la cité car ce méandre de bâtiments ne se traversait pas en voiture mais à pieds, les gamins grandissaient et fréquentaient l'école primaire dans cet agencement qui devait représenter l'habitat social modèle du futur il y a de cela cinquante ans. En plus c'est une endroit où les visites sont rares tellement l'endroit est excentré et peu attractif. J'attendais plus en avant que les autres gilets jaunes nous rejoignent avec un ancien habitant d'Hautepierre qui n'avait pas pris la peine comme moi de participer au débat avec quelques jeunes du quartier. L'affaire était entendue avec le collègue, c'était pas spécialement une joie de passer par le quartier de notre enfance. Petit à petit le cortège se reconstituait en serpentant parmi les blocs, nous étions accompagnés d'enfants qui criaient " Macron démission". Au bout de quelques dizaines de mètres nous rentrions dans le marché qui était accolé à la grande surface Auchan, les clients et les commerçants ambulants étaient pris au dépourvu, comme je n'avais vu plus de gilet jaune, une cliente m'avoua sa crainte que les camionnettes soient bloquées, je l'ai détrompée et je suis sorti du marché pour rentrer chez moi. Les autres ont continué à déambuler dans la galerie marchande de la grande surface pour ensuite se rendre quelques kilomètres plus loin au stade de la Meinau alors qu'allait se dérouler une rencontre sportive qui réunissait plusieurs milliers de personnes, là ils ont été reçus plus que fraîchement, la banderole de tête aurait été déchirée. Ainsi s'achevait le périple de l'acte XVII des gilets jaunes de la place de la République. Le point fort de cette manifestation aurait été comme toujours de pouvoir décider du trajet au petit bonheur la chance et de découvrir des situations qui sortent de l'ordinaire, on en apprend plus sur la société en une manifestation de gilets jaunes qu'en regardant des milliers d'heures de documentaire.

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