Au lieu de commerce d'esclaves lisez marché du travail






Cathédrale de Strasbourg.













 Continuons de lire Marx :










Le propriétaire d'esclaves achète son travailleur comme il achète son bœuf. En perdant l'esclave il perd un capital qu'il ne peut rétablir que par un nouveau déboursé sur le marché. Mais,
« si fatale et si destructive que soit l'influence des champs de riz de la Géorgie et des marais du Mississipi sur la constitution de l'homme, la destruction qui s'y fait de la vie humaine n'y est jamais assez grande pour qu'elle ne puisse être réparée par le trop-plein des réservoirs de la Virginie et du Kentucky. Les considérations économiques qui pourraient jusqu'à un certain point garantir à l'esclave un traitement humain, si sa conservation et l'intérêt de son maître étaient identiques, se changent en autant de raisons de ruine absolue pour lui quand le commerce d'esclaves est permis. Dès lors, en effet, qu'il peut être remplacé facilement par des nègres étrangers, la durée de sa vie devient moins importante que sa productivité. Aussi est-ce une maxime dans les pays esclavagistes que l'économie la plus efficace consiste à pressurer le bétail humain (human chaule), de telle sorte qu'il fournisse le plus grand rendement possible dans le temps le plus court. C'est sous les tropiques, là même où les profits annuels de la culture égalent souvent le capital entier des plantations, que la vie des nègres est sacrifiée sans le moindre scrupule. C'est l'agriculture de l'Inde occidentale, berceau séculaire de richesses fabuleuses, qui a englouti des millions d'hommes de race africaine. C'est aujourd'hui à Cuba, dont les revenus se comptent par millions, et dont les planteurs sont des nababs, que nous voyons la classe des esclaves non seulement nourrie de la façon la plus grossière et en butte aux vexations les plus acharnées, mais encore détruite directement en grande partie par la longue torture d'un travail excessif et le manque de sommeil et de repos [3]. »
Mutato nomine de te fabula narratur  ! Au lieu de commerce d'esclaves lisez marché du travail, au lieu de Virginie et Kentucky, lisez Irlande et les districts agricoles d’Angleterre, d'Écosse et du pays de Galles; au lieu d'Afrique, lisez Allemagne. Il est notoire que l'excès de travail moissonne les raffineurs de Londres, et néanmoins le marché du travail à Londres regorge constamment de candidats pour la raffinerie, allemands la plupart, voués à une mort prématurée. La poterie est également une des branches d'industrie qui fait le plus de victimes. Manque-t-il pour cela de potiers ? Josiah Wedgwood, l'inventeur de la poterie moderne, d'abord simple ouvrier lui-même, déclarait en 1785 devant la Chambre des communes que toutes les manufactures occupaient de quinze à vingt mille personnes [4]. En 1861, la population seule des sièges de cette industrie, disséminée dans les villes de la Grande-Bretagne, en comprenait cent un mille trois cent deux.
« L'industrie cotonnière date de quatre-vingt-dix ans... En trois générations de la race anglaise, elle a dévoré neuf générations d'ouvriers [5]. »
A vrai dire, dans certaines époques d'activité fiévreuse, le marché du travail a présenté des vides qui donnaient à réfléchir. Il en fut ainsi, par exemple, en 1834; mais alors messieurs les fabricants proposèrent aux Poor Law Commissioners d'envoyer dans le Nord l'excès de population des districts agricoles, déclarant « qu'ils se chargeaient de les absorber et de les consommer [6] ». C'étaient leurs propres paroles.
« Des agents furent envoyés à Manchester avec l'autorisation des Poor Law Commissioners. Des listes de travailleurs agricoles furent confectionnées et remises aux susdits agents. Les fabricants coururent dans les bureaux, et après qu'ils eurent choisi ce qui leur convenait, les familles furent expédiées du sud de l'Angleterre. Ces paquets d'hommes furent livrés avec des étiquettes comme des ballots de marchandises, et transportés par la voie des canaux, ou dans des chariots à bagages. Quelques-uns suivaient à pied, et beaucoup d'entre eux erraient çà et là égarés et demi-morts de faim dans les districts manufacturiers. La Chambre des communes pourra à peine le croire, ce commerce régulier, ce trafic de chair humaine ne fit que se développer, et les hommes furent achetés et vendus par les agents de Manchester aux fabricants de Manchester, tout aussi méthodiquement que les nègres aux planteurs des Etats du Sud... L'année 1860 marque le zénith de l'industrie cotonnière. Les bras manquèrent de nouveau, et de nouveau les fabricants s'adressèrent aux marchands de chair, et ceux-ci se mirent à fouiller les dunes de Dorset, les collines de Devon et les plaines de Wilts; mais l'excès de population était déjà dévoré. Le Bury Guardian se lamenta; après la conclusion du traité de commerce anglo-français, s'écria-t-il, dix mille bras de plus pourraient être absorbés, et bientôt il en faudra trente ou quarante mille encore ! Quand les agents et sous-agents du commerce de chair humaine eurent parcouru à peu près sans résultat, en 1860, les districts agricoles, les fabricants envoyèrent une députation à M. Villiers, le président du Poor Law Board, pour obtenir de nouveau qu'on leur procurât comme auparavant des enfants pauvres ou des orphelins des Workhouses [7]. »
L'expérience montre en général au capitaliste qu'il y a un excès constant de population, c'est-à-dire excès par rapport au besoin momentané du capital, bien que cette masse surabondante soit formée de générations humaines mal venues, rabougries, promptes à s'éteindre, s'éliminant hâtivement les unes les autres et cueillies, pour ainsi dire, avant maturité [8]. L'expérience montre aussi, à l'observateur intelligent, avec quelle rapidité la production capitaliste qui, historiquement parlant, date d'hier, attaque à la racine même la substance et la force du peuple, elle lui montre comment la dégénérescence de la population industrielle n'est ralentie que par l'absorption constante d'éléments nouveaux empruntés aux campagnes, et comment les travailleurs des champs, malgré l'air pur et malgré le principe de « sélection naturelle » qui règne si puissamment parmi eux et ne laisse croître que les plus forts individus, commencent eux-même à dépérir [9]. Mais le capital, qui a de si « bonnes raisons » pour nier les souffrances de la population ouvrière qui l'entoure, est aussi peu ou tout autant influencé dans sa pratique par la perspective de la pourriture de l'humanité et finalement de sa dépopulation, que par la chute possible de la terre sur le soleil. Dans toute affaire de spéculation, chacun sait que la débâcle viendra un jour, mais chacun espère qu'elle emportera son voisin après qu'il aura lui-même recueilli la pluie d'or au passage et l'aura mise en sûreté. Après moi le déluge ! Telle est la devise de tout capitaliste et de toute nation capitaliste. Le capital ne s'inquiète donc point de la santé et de la durée de la vie du travailleur, s'il n'y est pas contraint par la société [10]. A toute plainte élevée contre lui à propos de dégradation physique et intellectuelle, de mort prématurée, de tortures du travail excessif, il répond simplement : « Pourquoi nous tourmenter de ces tourments, puisqu'ils augmentent nos joies (nos profits) [11] ? » Il est vrai qu'à prendre les choses dans leur ensemble, cela ne dépend pas non plus de la bonne ou mauvaise volonté du capitaliste individuel. La libre concurrence impose aux capitalistes les lois immanentes de la production capitaliste comme lois coercitives externes [12].

[ Source ]

Commentaires

Anonyme a dit…
Très beau passage en effet. Il existe bel et bien un certain nombre de points communs entre le marché du travail et le commerce des esclaves. Ce qui ne veut évidemment pas dire que salariat et esclavage se confondent. Pas pour Marx en tout cas. Ce point étant à la portée de n'importe quel lycéen français il n'est pas nécessaire de le développer. Ce qui serait par contre bénéfique c'est que vous vous trouviez un passage ou Marx comparerait le marché du travail avec la prostitution. De sorte que vous puissiez enfin changer le titre de de votre blog et le rendre, disons, plus aguichant. Personnellement je verrais bien :

"Le tapin de la capitale de Noël - les putes alsaciennes salariées et leur destin".
Kevin Noborder a dit…
A fond pour la proposition de 12/06/2012 ! Avec des zolies photos d ejolies filles comme sur le Blog de Jerome Leroy ou sur celui de CSP. Parce que les arbres et le grès rose des Vosges ca va un moment.
95-56-86 a dit…
Destin ça fait vieux chnoque en train de jouer de l'accordéon. Nan, faut aller au fond des choses. Vagin, bordel, n'ayons pas peur des mots et de ce qui est bon. On est chez nous !
Le platane a dit…
"Le tapin de la capitale de Noël - les putes alsaciennes salariées et leur destin". Monsieur l'anonyme, c'est votre idée, je vous la laisse. Avec les autres contributeurs de ce fil, vous affichez une bonne mine de potache d’Alsace, vous cultivez le manque de sérieux avec constance . Derrière l'agitation désordonnée à la surface il est facile de deviner la résignation dans le fond.

Vous essayez de faire bonne figure dans la défaite . C'est plus ou moins réussi.
Anonyme a dit…
De quelle défaite parlez-vous ? Et de quelle agitation surtout ? De toute cette montagne faite autour des rodomontades de monsieur Montebourg ? Des grands pas de deux de l'autre Don quichotte de la "fracture sociale" ?

D'autre-chose ? laissez-moi devinez ... De la défaite qui s'annonce pour tout les représentants, déjà quelque peu résignés, de la légion française de Monsieur Assad ?

Franchement non, je ne vois pas. Eclairez-nous et surtout rassurez-nous. Il ne s'agit quand même pas pas à nouveau de vous payer la tête de ce bon vieux monsieur Meyer ?
Samantha Open a dit…
- Z'êtes injuste Anonyme. Ca fait au moins un semaine qu'il a pas causé de Shlomo.

- Kevin, tu ferais mieux de prendre ta pilule bleue qui fait la vie en rose.

- 95-56-86, t'es grillée ma pauvre.
Immense et rouge a dit…
Vous avez raison de ne pas laissez à la gauche ou à l'extrême gauche la question sociale. Vous avez raison de ne pas laisser aux identitaires la question nationale , mais vous avez tort de vous abriter derrière des Todd, des Lordon, des Sapir et autres idiots-utiles à la Montebourg. On peut faire beaucoup mieux :

http://www.egaliteetreconciliation.fr/Casapound-immense-et-rouge-15299.html

www.les-non-alignes.fr/

www.mas-org.com

http://zentropaville.tumblr.com/
Le platane a dit…
@ Anonyme, ma réponse est là :
http://lesarbresdestrasbourg.blogspot.fr/2012/12/parlons-serieusement.html
Le platane a dit…
@ Immense et rouge

Franchement, je préfère lire Marcel Gauchet actuellement. Etonnich, Nein!?

Immense et rouge a dit…
"actuellement"

A une prochaine alors. Vous pourriez venir avec nous l'an prochain. Vous verrez, une pure merveille : http://fr.wikipedia.org/wiki/CasaPound
Voyerisme's a joke a dit…
Grooms en colère. - Nous n'avons pas été payés depuis deux semaines, nous voulons notre salaire

Hammer (Groucho Marx) - Un salaire ? Vous voulez être des esclave du salaire ? Répondez à cela ! [...] Bien sûr que non. Or qu'est-ce qui crée les esclaves du salaire ? Le salaire. Je veux que vous soyez libre

The Cocoanuts (1929)
Quæ sunt Cæsaris, Cæsari a dit…
@ Platane

Vous écrivez à Anonyme :« c'est votre idée, je vous la laisse »

C'est oublier ceci :

« Cher vieux Marx, quelle puissante pensée, comme tout est bien dit en peu de mots. Liberté du commerce, libre concurrence pour les commerçants (et aujourd’hui liberté totale de circulation des capitaux) et, d’autre part, libre prostitution pour les esclaves salariés [...] il se croit libre, alors qu’il doit se livrer à une pratique déshonorante qui était épargnée à l’esclave antique ou au serf médiéval : il doit se prostituer (ce qu’aurait été bien en peine de faire l’esclave antique puisqu’il n’était pas propriétaire de son corps). Il est seulement libre de se prostituer. L’esclave moderne dispose de la plus stricte liberté, celle qui lui est nécessaire pour pouvoir se prostituer, chose impossible pour un esclave stricto sensu. C’est le fameux principe de moindre liberté. Cette moindre liberté est vitale pour les maîtres des esclaves, aussi n’ont-ils de cesse de mettre fin à tout ce qui pourrait lui faire obstacle. Ce prétendu individu qui est prétendument de plus en plus libre est seulement de plus en plus libre de se prostituer et le libre-échangisme militant veille à ce que cette liberté croisse sans cesse, sans entraves, sans freins, sans obstacles»

http://leuven.pagesperso-orange.fr/dire.htm

Moralité : même comme perroquet vous ne faites pas l'affaire
Commandant double-zéro a dit…
Et si grosse merde de pute libre-échangiste debordienne il fait très bien l'affaire le perroquet. La preuve : http://www.editions-anonymes.fr/prozess.htm
Le platane a dit…
Merde alors, je suis dégradé, mince ! Je ne suis même pas un perroquet, quelle tristesse. Mais cela ne change rien au fait que vous soyez un enculé attalien.

Pour vous faire une idée : http://lesarbresdestrasbourg.blogspot.fr/2012/12/parlons-serieusement.html
Anonyme a dit…
Quand vous dites parlons-serieusement, vous ne parlez pas sérieusement je suppose ? Zemmour franchement, sérieusement...
Le platane a dit…
Je parle plutôt d’Attali et des éminences grises libertaires :
http://lesarbresdestrasbourg.blogspot.fr/2012/12/parlons-serieusement.html


Mais je suppose que cela vous a échappé.

Richelieu a dit…
C'est vrai qu'ils sont indigestes ces petits gris. Dire qu'avant on coulait des jours heureux à effeuiller Voyer, Soral et de Benoist. Des trucs bien relevés, du piment pour les masses amorphes de salariés prostitués, du bon vieux rouge-brun comme ils disent ces couillons. Et maintenant à cause d'eux on est obligé de ce farcir des couilles moles façon Zemmour quand c'est pas carrément Todd, Sapir ou Lordon. Pire qu'à la télé ! Connerie de paysage démocratique ...
Le platane a dit…
Todd, Sapir ou Lordon sont plus intéressants qu'Attali ou Zemmour. Ce qui n'empêche Attali ou Zemmour d'être sujet à discussion quand il s'agit de la pensée de Marx, cela me donne l'occasion de me replonger dans les textes, c'est déjà pas mal.
Richelieu a dit…
Tant mieux pour vous. Mais venez pas vous plaindre ensuite si vous avez les libertaires, les Attac et tous les autres degauches collés au fion.

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